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Cela se passait à la même époque de Laguna Beach. Un jour mon amie m’avait dit, « J’ai visité aujourd’hui une très belle maison. Est-ce que tu veux aussi la voir ? » Je me méfiais un peu parce qu’en Californie, « beau » est souvent synonyme de « démesuré » mais Brenda était une peintre à l’oeil infaillible et je lui ai fait confiance. J’ai eu raison parce que cette maison de Corona del Mar est la plus belle que j’ai eu l’occasion de voir.

A priori pour moi, une maison c’est un endroit où l’on fait des choses biologiques : on mange, on dort, et ainsi de suite. Mais dans celle-ci, mes préjugés sur l’architecture dans ses rapports avec le biologique sont tombés. Il y avait dans cette bâtisse tout en arrêtes verticales, enchâssés les uns dans les autres, une multitude d’espaces sans nom, où l’on pouvait aller s’asseoir ou rester debout, avec une assiette, ou avec un livre ou sans raison particulière, juste pour être là à regarder la mer. Les portes-fenêtres ouvraient sur des terrasses ou directement sur des pelouses, et les gens qui passaient dans l’avenue qui domine la plage auraient pu tout aussi bien pénétrer dans cette maison et en découvrir les trésors qui étaient de deux sortes : des pièces du Quattrocento : tableaux, statues, verres, bijoux, et des objets africains, dont les plus récents devaient dater du milieu du XIXè siècle et les plus anciens, du XVIè siècle peut-être. Il y avait en particulier des velours kuba, de très grandes pièces, de la qualité de ceux qu’on peut voir au Musée de l’Afrique Centrale à Tervuren.

Et un peu plus tard ce jour-là, Ann Bernstein (*), la maîtresse de maison, et moi, nous nous sommes retrouvés seuls dans une voiture que je conduisais : un imbroglio si je me souviens bien à propos d’un véhicule à récupérer quelque part. Et pendant que nous roulions, elle m’a dit ceci : « Je vais vous raconter quelque chose parce que j’ai le sentiment que vous pourrez comprendre. Vous avez vu tous ces objets et vous pensez sans doute qu’il a fallu à mon mari et moi de nombreuses années pour les rassembler. Ce n’est pas le cas : il a acheté tout ce que vous avez vu là, en deux heures, chez un antiquaire à Milan. Nous connaissions l’existence de ce marchand et un jour nous sommes allés le voir. Mon mari a examiné les centaines d’objets qu’on lui présentait et il disait, « Celui-ci… et puis celui-là… », et le marchand allait les déposer à l’écart pour que nous puissions les revoir plus tard. Et quand tout a été vu, il devait s’attendre à ce que mon mari se tourne vers sa première sélection et en choisisse un ou deux. Il n’en est pas revenu quand nous lui avons dit que nous prenions le tout. Vous comprenez ? Pour mon mari, ce jour–là, c’était une importante revanche sur la vie. Sur l’histoire surtout ».

C’était l’un de vos secrets, que vous avez confié ainsi, Ann, à un inconnu, alors que tous deux vous étiez parvenus, contre toute logique, et au grand dam sans doute de ceux qui vous avaient présentés l’un à l’autre dix minutes plus tôt, à vous retrouver ainsi seuls, dans l’espace d’une automobile. Je ne me souviens pas, Ann, de ce que je vous ai dit moi ; j’imagine, moi aussi, des choses essentielles sur ma vie et ma personne.

Et vous aviez un autre secret, que Brenda m’avait révélé : que vous aviez été autrefois une femme qui se dévêt, une danseuse de la variété dite « exotique ». Aussi, quand il m’arrive aujourd’hui d’apercevoir une enseigne au néon qui annonce « Nude Girls », je pense aux extraordinaires planches en couleurs de Norman Hardy dans les « Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba ainsi que sur les peuplades apparentées : les Bushongo » que Torday et Joyce consacrèrent en 1910 aux Kuba, au retour de leurs explorations dans le bassin du Congo.

(*) J’ai modifié les noms et les circonstances, le mari d’« Ann » étant un personnage connu.

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2 réflexions sur « « Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba » »

  1. Drôle, étrange. Oui et non. J’étais en train de fouiner et ce tombe sur ce blog… Combien d’années se sont passées ? Soudain le souvenir des séminaires de Liefkeshoek, Moni el Khaïm… à la veille de mon retour au Congo ou je mène quelques projets, l’un à Mushenge, sous le patronnage du Nyi mi (une école « internationale » d’art kuba, ) on se donne 3 ans pour la créer ; un autre plus terre à terre avec les communautés pygmées qui ont fait naufrage à Kinshasa, (essentiellement des Twa et des Babenga de l’équateur). Conditions de vie terribles, misère absolue, au milieu de Bantous qui les méprisent au plus au point. Ces Twa font de la vannerie, les nattes sont intéressantes… beaucoup à en dire… disons que c’est un message bouteille à la mer…

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